Lavokato – « Mes 5 classiques » pour REC !

Aujourd’hui, nous inaugurons une rubrique sur REC qui s’appelle « Mes 5 classiques », il s’agit tout simplement pour un acteur de la scène Hip-Hop de nous commenter ses 5 morceaux de musique préférés toutes époques confondues, ses classiques quoi…

Pour la première, nous avons choisi Lavokato, aujourd’hui retiré du rap pour le plus grand malheur des amoureux de la rime. Heureusement il fait encore quelques apparitions comme sur l’album de Nakk Mendosa « Darksun » dans les bacs depuis le 19 mars et sur l’opus de son frère jumeau L’indis « Mon refuge » (clip J’ai vu) qui sortira le 28 mai 2012.

Lavokato, mes 5 classiques

Beaucoup de morceaux m’ont marqué et ont surtout marqué le rap en général, souvent par  leur « innovation » compte tenu de ce qui se faisait autour à la même époque. C’est de ces morceaux dont j’ai évidemment envie de parler. Certains sont le symbole d’une ère, d’autres d’une saison. Sans irrespect pour les 80’s, mes « classiques »  se situent plutôt à partir de 1991/92 (j’avais 15/16 ans). Je pourrais parler des Fu-Schnickens et de leur fameux « True Fu-Schnick » (1992), de Das Efx et leur « They Want EFX » (les inventeurs du « Diguidi check the mic! ») ou des Lords Of The Underground et leur « Chief Rocka », mais j’ai préféré m’attarder sur 5 morceaux plus atemporels.

1993 : Comment ne pas se prendre une baffe monumentale au moment ou le Wu-Tang Clan arrive sur la scène rapologique ? 9 rappeurs avec chacun une vraie personnalité, un concept incroyable (Shaolin), des voix originales (Methodman, Raekwon, Ghostface, ODB, RZA…), des lyrics et des flows innovants…et surtout des beats à la fois soul, hip hop, hardcore et street, « Enter The Wu-Tang » est une révolution ! Mon morceau choisi est « C.R.E.A.M (Cash Rules Everything Around Me) » : La boucle de RZA samplée sur The Charmels, que l’on pourrait écouter des années non-stop sans se lasser, alliée au refrain de Method est d’une efficacité incroyable. Raekwon y invente une nouvelle façon de poser les rimes (sur les grosses caisses) en systématisant le schéma : 3 rimes pour 2 mesures : « Niggaz respect mine, or I got the tech nine, tchi tchi pow, move from the gate now ». Le couplet de Deck, très narratif et personnel sur son adolescence dans cette vie de rue, vient parfaire le titre.

Wu-Tang Clan – « C.R.E.A.M (Cash Rules Everything Around Me) »

Comment ne pas en parler…..  « Illmatic » ? L’intérêt dans la démarche artistique de cet album, hormis la plume de Nas, est la diversité des beatmakers. A savoir que lorsque l’on fait appel à un beatmaker c’est pour avoir son univers musical et sa couleur sonore. Or dans Illmatic la démarche est inverse : Les producteurs ont conçu des beats sur mesure dans l’idée que c’est Nas qui allait rapper dessus. Comme-ci le but de cet opus était avant tout de mettre en avant la qualité d’écriture du rappeur. Les BPM (Beats Per Minute) sont un peu plus lents (que Enter the Wu-Tang par exemple…), les morceaux plutôt épurés pour mieux soutenir les textes et rendre les lyrics encore plus efficaces. Contrairement aux groupes de l’époque qui essayaient d’innover en inventant des flows, des bruitages, des concepts, Nas innove par son écriture. Il décrit la vie de rue, en utilisant des métaphores, des images pertinentes et des descriptions détaillées et invente ainsi la « street poetry ». J’avoue que la 1ère fois que j’ai entendu « It Ain’t Hard to Tell » (premier titre d’Illmatic) je n’ai pas spécialement accroché du fait que SWV avait fait un hit avec ce même sample quelques mois auparavant (« Human Nature » de Michael Jackson – NB : Dans la cassette démo d’Illmatic, enregistrée en 1992, Large Pro avait déjà utilisé ce sample pour la maquette du dit morceau). Si je devais ne retenir qu’un seul titre de cet œuvre je dirais « New York State Of Mind ». Il résume bien l’esprit d’Illmatic. Certains disent même que ce morceau est la parfaite définition d’un morceau de rap : Une basse, une boucle de piano, un beat, un MC ou tout simplement Nas sur un beat de Premier avec la voix de Rakim samplée… Nothing Equivalent !

Nas - « New York State Of Mind » (avec traduction)

Après un 1er album passé inaperçu (« Juvenile Hell » en 1993 sur Fourth And Broadway Records), Mobb Deep revient en 1995 avec une couleur sombre et surtout un univers : Celui du Queens Bridge. Le QB est la plus grande cité HLM (Public Housings) d’Amérique du Nord (96 bâtiments), c’était le lieu où l’on trouvait le plus de dealers de crack au détail au mètre carré. Havoc et Prodigy signent leur propres beats et marquent ainsi un style et une couleur musicale qui leur est propre, le son « Mobb Deep ». Vous pouvez essayez de prendre une boucle de piano d’y ajouter un beat crade : Personne ne fait sonner une prod comme Havoc ! Lui seul détient le secret de l’instru de « Shook Ones » ! J’en retiendrais « Eye for an eye » : On y retrouve l’univers Mobb Deep avec en plus Raekwon et Nas en super forme qui nous balancent des flows et des intonations hors-normes.

Mobb Deep - « Eye for an eye »

« If you don’t know, now you know »

Le coup de génie de Sean Combs ou comment le rap est passé au delà des frontières de l’underground pour toucher le grand public, tout en gardant sa « street credibility ».
Notice : trouvez un jeune vendeur de crack de Fulton Street (Bed-Stuy, Brooklyn NY) au physique pas spécialement à son avantage mais bourré d’un talent naturel et d’une voix qui ne peut être qu’un don ! Ajoutez-y une boucle d’un morceau de funk alternatif qui a un peu floppé (« Juicy Fruit » de Mtume) et ce jeune Christopher vient y cracher sa revanche sur la vie avec un flow indescriptible, un style simple mais d’une efficacité incroyable… « Juicy » de Notorious BIG est né. La magie de ce morceau réside dans le fait que l’on « ressent » l’histoire de Biggie. La chronologie de sa narration fait que l auditeur « voit » la situation sociale de Big évoluer tout au long des couplets (bien que réellement au moment ou Big enregistre le texte, il n a pas encore vraiment obtenu cette réussite qu’il décrit…). Ce texte illustrant un American dream via la musique, aurait pu paraitre utopique, mais dans Juicy on y croit. Il a ramené une dimension réelle et humaine à son texte (parlant de sa fille, de sa mère, par exemple…). Au fil des couplets on l’accompagne dans son ascension et au final on est même content pour lui. C’est d’ailleurs dans ce morceau que l’on retrouve les 2 gimmicks les plus populaires de BIG : « Babayy babaayyy » et « If you don’t know, now you know ».

The Notorious B.I.G - « Juicy »

Quelle différence entre un MC et un bon rappeur ? Je dirais qu’un bon rappeur fait de bons morceaux de rap (couplet, refrain, cohérence etc…), un MC est capable de plier une instru en one-shot sans artifices, il a juste besoin d’une face B et d’un micro pour couper le souffle aux auditeurs. « Sosa » de AZ ( sur son 2ème album « Pieces Of A Black Man » 1997) en est le parfait exemple :  Pas de refrain, pas de couplets, pas de chœurs… non rien de tout ça ! Quelques notes de guitares… puis AZ commence à cracher son truc au moment où le beat rentre. Un débit lyrical d’apnéiste et des rimes à gogo. Le flow d’AZ est un instrument qui vient parfaire ce chef d’œuvre !

AZ -  « Sosa »

Quelques soit mon humeur, l’écoute des premières notes d’un de ces 5 morceaux me provoquent un sourire et un hochement de tête que je ne peux contrôler.

Lavokato