Partager la publication "Saké Zaka, l’interview pour REC Rap Engagé Conscient"
Saké (ex Les Zakariens) a accepté de répondre à nos questions suite à la sortie de son album solo « La clef de la cave » disponible dans les bacs et sur iTunes
. Découvrez un artiste authentique, perfectionniste et modeste, bref allez acheter son album !
1. Pourquoi ce titre, « La clef de la cave » ?
Il y a plusieurs raisons ou significations, la première c’est que je voulais donner à l’album un titre accrocheur, un peu « ambiance film » pour plonger l’auditeur dans un univers bien spécifique, la seconde, je trouvais l’image de la clef de la cave intéressante parce que mon idéal n’étant pas dans le Gangsta rap, ou le rap bling bling comme on en voit partout aujourd’hui c’était pour rappeler mon coté « artisan » qui bosse à l’ancienne avec son beatmaker dans sa cave et dans l’esprit la clef c’est le passeport pour y accéder. La troisième c’est pour les personnes qui font gaffe aux détails, le titre c’est une série de mots qui rime parfaitement avec mon blaze (Sa-ké-Za-ka / La-clef-d’la-cave).
2. Scylla (entre autres) dit de toi que tu es un perfectionniste, d’ailleurs je te cite dans ton album tu dis « chez moi c’est millimétré », comment cela se traduit-il dans ton travail concrètement ? C’est d’ailleurs peut-être une raison pour laquelle tu as mis autant de temps à sortir « La clef de la cave » ?
Je retourne le compliment à Scylla, qui est un perfectionniste également et un MC de grand talent. Mon travail est millimétré dans le sens où j’écris chaque rime méticuleusement, je fais des rimes « multi-syllabiques » depuis longtemps et je suis assez pointilleux sur la qualité des rimes en question. Ensuite chaque mot, que ce soit une rime ou pas, est placé bien stratégiquement pour que ça sonne le mieux possible à l’oreille et il faut que le sens soit à la hauteur de l’image. Le morceau où je parle de rime millimétrée c’est « Tord-boyaux » un égo trip bien rentre-dedans, donc j’étais dans un délire particulier pour l’écriture de ce titre. Je fais en sorte de respecter le thème que je me suis fixé.
Il n’y a pas vraiment de raison particulière à avoir mis du temps à sortir mon disque, je pouvais faire une daube en 6 mois où je me répétais dans chaque morceau ou faire une net tape gratuite comme ils le font tous ! J’ai préféré mettre le temps qu’il fallait, mais faire les choses comme je les sentais. J’ai mis mon nez dans toutes les étapes de cet album en passant par les clips autoproduits sur lesquels j’ai passé plus de 24 heures de montage à chaque fois aux côtés de Dereez, les mixes avec Matthieu Venot et les autres ingés avec qui j’ai pu collaborer, la pochette avec Wicked One et Benj, les prods avec Nizi ou Crown, les phases d’écriture qui me demandent pas mal de temps aussi, donc forcément tout ça prend du temps.
C’est également la première fois que je sors un disque sans l’aide d’un label, je n’ai pas une major qui m’aide pour les taches administratives, je suis seul avec mes deux collègues (Chloé & Cecchina) que je remercie au passage. Bref, on essayera d’être plus rapide pour le prochain projet, j’ai compris le message ! LOL
3. Si je devais définir ton rap, je dirais que c’est du « Reality rap » pour citer Infamous Mobb et plus récemment Ron Brice, qu’en penses-tu ? Penses-tu d’ailleurs que l’on puisse faire du rap sans « vécu » ou même pour aller plus loin sans avoir souffert ?
« Reality rap » pour faire court, c’est ça. J’aime bien faire des morceaux où je raconte un peu mon quotidien sous forme d’idées, et développer par des thèmes différents, ma vision de la vie. Il faut que ce soit crédible et d’actualité. Je fais en sorte de trouver une ambiance sur laquelle je peux accrocher mes auditeurs et je pars dans un espèce d’exposé où je développe mes propres idées. Je kiffe écrire pour cette raison (entre autre), tu commences un texte, c’est pas encore écrit mais tu sais déjà que le thème que t’as choisi va t’emmener dans une atmosphère sympa, où tu vas pouvoir exprimer des choses et te faire plaisir sur une jolie instru.
4. Penses-tu que le rap d’aujourd’hui s’est éloigné de ses origines, à savoir la rue, les revendications sociales ?
Non perso je ne pense pas, je vois réellement beaucoup de rap, de différentes sortes et je ne peux pas affirmer que tel ou tel genre détient la vérité absolue. En plus, si tu regardes bien la rue et les revendications sociales ne vont pas forcément de pair, Orelsan par exemple, fait de la revendication sociale mais pas ce que j’appelle du rap de rue, et je vois plutôt pas mal de mecs de rue qui font comme si c’étaient des bourges dans leurs clips, au volant de grosses voitures cylindrées souvent louées pour l’occasion.
5. Après plus de 15 ans d’expérience et de recul sur ta carrière, peux-tu nous en dire plus sur ton parcours ? As-tu des regrets, des occasions manquées comme tu le dis : « Tu vois c’est dur de se dire qu’on n’a pas fait du mieux qu’on pouvait… » ?
Bien sûr, des regrets en 15 ans t’imagines ! Je ne suis pas trop du genre à raconter mes soucis ou alors je le fais de manière construite et positive dans un morceau, ou bien au coin d’une table avec un pote et un gros joint. J’aime la suggestion, dans la phrase que tu cites je suggère quelque chose je trouve ça plus efficace même que de placer un problème précis, ça englobe plusieurs choses que tu ne peux pas échelonner comme ça. Maintenant pour répondre à la question du regret je dirais simplement, l’époque Saké, Wira, Nir.k. Les ambiances Zakariens du début…
6. Lors d’une interview que tu as donné pour l’émission québécoise « Les Arshitechs du son », tu as dit qu’il était très difficile de faire « des vues (YouTube etc…) ou du buzz » avec du rap conscient et qu’un rappeur peut très bien avoir de multiples facettes, tu peux nous en dire plus ?
Je pense que revenir avec un morceau un peu énervé était la bonne stratégie dans mon cas, plutôt qu’un morceau plus posé. C’est ma vision du truc je ne peux pas affirmer avoir raison. Souvent un morceau égo trip est énergique, ça donne la pêche quand tu appuis sur lecture et du coup je pense que ça incite plus au partage… pareil je peux me tromper je n’en sais rien. Ce qu’il faut savoir c’est que je ne fais pas mes morceaux en fonction de ça, je me fous un peu des questions d’audimat, je me fais plaisir avant tout. Dans le cas de l’album, j’ai sorti 3 extraits, une fois que j’avais mes 15 titres sous les yeux je me suis dit allez on clip ça, ça, et ça. Je me suis fait plaisir en essayant d’imaginer quels morceaux auraient le plus d’impact, et dans quel ordre les délivrer. Vu le soutien des fans que j’ai reçu je ne pense pas m’être trop planté sur ce coup là !
Cela dit, je compte revenir avec des extraits plus poussés dans l’écriture comme « Au gré de la mélodie ». Je ne vais pas tout dévoiler mais il y aura d’autres clips tirés de l’album.

7. Concernant les collaborations sur « La clef de la cave », peux-tu nous présenter les artistes présents et nous expliquer comment se sont passées les connexions ? Comment choisis-tu le type de morceau sur lequel vous allez poser, est-ce un travail en commun ?
Wira, la moitié des Zakariens c’était primordial qu’il soit sur mon album. Cela s’est fait comme d’habitude, pour le morceau j’ai lancé le thème et à la fin on s’est dit que ce serait « chanmé » si l’on invitait L’indis pour le refrain. On est de vrais potes donc ça s’est fait comme d’habitude.
Scylla, c’est le poto depuis longtemps on kick des morceaux couramment pour nos projets respectifs. « Chiens sales » c’était à Bruxelles lors d’un Jam de Graffiti où Les 132 tapaient une fresque de 300m2, pendant ce temps je kickais avec Scylla.
Absouljah est un contact de Crown il lui envoyait des prods, moi j’écoutais les morceaux, je kiffais, et un jour Crown me dit qu’il est de passage à Paris et qu’il a une prod… ça s’est fait comme ça, on est allé le chercher à l’aéroport et on a kické dans la journée.
Swift Guad on se connait depuis longtemps, j’avais participé à ses premières mixtapes, on est en contact, on se croise souvent en concert, le feeling humain et musical est là.
Guizmo, on s’est croisé en soirée une fois on a sympathisé et le truc s’est fait naturellement, il est venu chez moi on a gratté, bon feeling et pour un mec de 20 ans le gars est super talentueux, ça me faisait kiffer de partager le Mic avec lui.
Viens m’voir (feat. Guizmo) – Single – Saké
L’interlude de Beat-box par Oslim aussi c’est un pote qui m’avait dit : « Tiens regarde lui », j’avais kiffé on l’a contacté. Il est venu sur Paris, on passé le weekend à fumer des joints et parler hiphop, et on a finalement trouvé 4 heures de studio juste avant qu’il s’arrache pour plier l’interlude, une bête de rencontre.
Zakia c’est une artiste que je connais depuis longtemps, j’avais sorti le morceau « Le Maximum » sur le maxi mais j’avais envie de la faire découvrir à certains auditeurs qui seraient passés à côté. Je ne fais pas souvent des morceaux avec du chant donc je tenais à marquer le coup.
8. Les productions de l’album sont signées Nizi, Crown et Saïko, peux-tu nous en dire quelques mots ? Je crois savoir que tu joues un rôle assez important dans la conception et le choix des prods, tu en fais toi-même ?
Selon les prods je mets mon nez dedans ou pas, pour certaines prods je propose un sample direct sur lequel on part, et après je demande des rectifications au beatmaker concerné. Je ne les fais pas tout seul parce que on ne peut pas être « au four et au moulin » comme disait l’autre, je ne préfère pas m’éparpiller. Je kiffe faire mes instrus avec eux je ne serais jamais aussi performant sans eux !
9. Que penses-tu de la nouvelle génération de MC’s qui fait sa place, tu as notamment invité Guizmo (ex-Entourage) sur l’album mais tu as sûrement un avis sur d’autres ?
Je pense que tous les 10 ans on a une vague de nouvelles têtes, certains vont briller durant les 10 années à venir, d’autres pas… c’est l’éternel recommencement. Ce que j’en pense ? Et bien que c’est l’ordre des choses, c’est bien.
10. Question génération internet : quels sont les prochains projets ?
Mes prochains projets : les scènes avec Wira et Dj Blaiz pour défendre « La clef de la cave », le clip de « Au gré de la mélodie » suivi d’autres surprises. On ne va pas tout dévoiler maintenant ! Pour ceux qui ne sont pas au courant que j’ai un compte Facebook, rejoignez-moi c’est là que tout se passe.
Page Facebook Saké Zaka > http://www.facebook.com/pages/Sak%C3%A9-Zakariens/131850277286
11. Enfin pour finir, il te manque vraiment Jacques Chirac (ahaha) ?
LOL ! Non pas le moins du monde, pour citer la phase entièrement : « Vas dire au président pourquoi je suis mal et tourmenté… pourquoi ce connard de Jacques Chirac a même tendance à nous manquer » mais c’était pour faire une image anti-Sarko suffisamment forte !


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